Paré à soigner : 10ème entretien avec M. Jean-Luc PLAVIS, chargé de mission au CISS de la région Ile-de-France.

L’équipe de Paré à Soigner est allée aujourd’hui, lundi 18 mars, à la rencontre du Collectif Inter-associatif Sur la Santé (CISS) de la région Ile-de-France.

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Qu’est-ce que le CISS ?

Coordonnés par un CISS national crée en 1996 tout en lui restant indépendants, les CISS régionaux sont des collectifs regroupant plusieurs associations (40 au niveau national) afin d’informer et de conseiller les usagers du système de santé lors de leur parcours de santé tout en veillant au respect de leurs droits à travers et du bon fonctionnement du système de santé, notamment, leur représentation au sein de multiples instances tels dans les hôpitaux, les cliniques, les Caisses Primaires de l’Assurance Maladie ou encore les Commissions Régionales de Conciliation et d’Indemnisation (CRCI). Les CISS régionaux aspirent également à former les représentants d’usagers qui siègent dans les instances hospitalières ou de santé publique afin de les aider à jouer un rôle actif dans ces instances, en rendant leur présence à la fois reconnue et pertinente.

Lien internet du CISS national : http://www.leciss.org/

C’est Monsieur Jean-Luc PLAVIS qui a eu l’extrême amabilité de nous accueillir afin de renforcer notre projet à l’aune de sa longue expérience dans les milieux de la santé en France.

En effet, M. PLAVIS est chargé de mission du CISS régional d’Ile-de-France et se rend également utile à travers d’autres fonctions telles que celles de Correspondant CISS IDF du conseiller santé du défenseur des droits, « patient-expert » à l’Université Paris VI Descartes et Représentant des Usagers et référent juridique de

l’Association François Aupetit se consacrant à la lutte contre la maladie de Crohn.

Nous le remercions encore une fois pour sa contribution décisive ainsi que pour le temps qu’il nous a consacré dans notre démarche d’aide à l’action médicale & hospitalière en France.

Une rencontre “décisive”

Nous disons « décisive », car les apports de M. PLAVIS le sont à plusieurs égards du fait qu’ils nous renseignent sur le point de vue essentiel des patients que les CISS régionaux défendent et nous permettent, de même, d’apporter à notre projet de multiples précisions relativement à des questions sur lesquelles nos travaux restaient encore peu détaillés ou ignorants.

Cette rencontre constitue donc bien une aide très précieuse par ses évocations techniques d’autant plus qu’il convient, à la veille de la clôture de cette phase de demi-finale, d’achever la définition des projets dans tout leur ensemble et dans leurs moindres détails.

Nous y parvenons ici en voyant tout d’abord la pensée de M. PLAVIS sur notre projet (I), puis en rendant compte de l’ensemble de ses remarques techniques (II) avant de révéler l’utilité de notre projet pour les usagers de la santé selon le CISS régional d’Ile-de-France (CISS IDF).

 

 

I/ DE PREMIERES CONSIDERATIONS : PARE A SOIGNER, UN PROJET “UTILE, NOVATEUR, ET PROMETTEUR”.

 

Nous avons, comme à chaque interview, demandé à notre intervenant de nous confier ses premières pensées que la première lecture de notre projet lui a inspirées. M. PLAVIS a répondu en choisissant les trois adjectifs d’ « utile », de « novateur » et de « prometteur », estimant, nous le verrons plus tard, que l’outil que nous proposons trouve toute sa place dans l’état actuel du dispositif national de santé en constituant un moyen inédit de soutien à l’ensemble de ses acteurs par le rassemblement inédit de multiples informations existantes, mais partout entre eux dispersées, au travers d’une même interface.

« Prometteur », car, nous le verrons aussi, notre projet est selon lui une excellente ressource et base de progrès sous réserve de solutions à de multiples questions techniques pas faciles de résolution : notre outil sera en effet efficace et promis à un bel avenir au fur et à mesure qu’il abordera des interrogations spécifiques en y incluant leurs réponses.

Nous avons en effet évoqué avec M. PLAVIS de multiples éléments sur lesquels nous sommes restés, il est vrai, évasifs ne les ayant pas développés ou en les ayant omis de notre réflexion. La chose est désormais réparée dans le chapitre suivant grâce à sa contribution qui, ainsi, rend en effet « prometteur » Paré à Soigner en le renforçant dans sa définition comme dans sa doctrine.

De même, M. PLAVIS nous fait distinguer que notre projet correspond au « parcours de soin », non au « parcours de santé ». Le premier se distingue du second en incluant strictement les lieux de délivrance de soins (hôpitaux, médecins, pharmacies) au lieu, comme le second, d’intégrer plus largement l’ensemble des acteurs médicaux-sociaux hors-soins tels les EPAD, les maisons de retraite, les maisons de santé ou encore les CISS. Cet apport doctrinal permet en effet de situer davantage notre projet dans la sphère médicale en utilisant le propre vocable approprié.

II/ DE NOMBREUX RENFORCEMENTS TECHNIQUES.

Notre entretien avec M. PLAVIS clôt parfaitement notre cycle de perfectionnement et de demi-finale du fait qu’il aborde sans détour de possibles failles et de zones d’ombre de notre projet s’il ne les avait évoquées et résolues lors de son intervention. Ces points divers sont listés et développés ci-dessous et viennent compléter notre travail de fond étudiés/élucidés dans nos articles précédents. Cette intervention permet également de corriger plusieurs de nos mots :

Point n°1: Paré à soigner et le 15.

Notre outil est utile tout d’abord selon M. PLAVIS du fait qu’il permet de désengorger le numéro d’appel du 15 en mettant à disposition les contacts des professionnels médecins pour les cas les moins graves, ce qui permet d’éviter le 15. Ceci, pourvu que l’auto-diagnostic du patient soit pertinent. La doctrine du 15 veut que tous les appels urgents transitent par lui, quitte à les rediriger vers d’autres mais cette conception comporte le coût de l’engorgement qui est actuel. Il faut souligner cependant une incohérence dans l’information, qui incite les usagers à contacter le 15 pour accéder à certaines Maisons Médicales de Garde dont l’objectif premier est d’éviter le passage aux urgences des établissements de santé. Notre système permet de réduire ce phénomène sans vouloir contredire la doctrine en place grandement car la majorité contactera toujours le 15.

Point n°2: Paré à soigner et les hôpitaux.

Nous avions dans la fiche technique de présentation de notre projet parlé de « détournement » des urgences par les usagers les fréquentant ne s’y rendant que pour des cas peu graves. Il s’avère que ce terme n’est qu’à moitié exact du fait que les services d’urgence ont pour doctrine de ne refuser personne même s’il convient de souligner la non-pertinence, parfois, de l’usage des urgences par ce type de patients (en dehors du motif financier). De même, il faut également signaler que les enveloppes attribuées aux hôpitaux dépendent pour leur calcul, également du nombre de patients.

Point n°3: les tableaux de garde des médecins et pharmacies doivent être mis à dispositions des usagers.

Le problème de l’actualisation des données relatives aux médecins : Paré à Soigner laisse le soin aux médecins de compléter eux-mêmes leurs coordonnées et tarifs afin de les afficher aux patients. L’ennui est la non-garantie qu’ils mettront à jours ces données s’ils se déplacent, ou autre, du fait que les médecins ne remplissent pas en ligne déjà, dans les temps impartis, pour la plupart, les renseignements exigés par les Dossiers Médicaux Personnels (DMP) des patients, ce qui leur fera paraître le renseignement de notre outil comme une charge supplémentaire (même si elle ne leur prendra que cinq minutes de temps), compromettant possiblement, ainsi, la fiabilité de notre outil au long terme par des informations désuètes. L’avantage de notre projet est de même, toujours remarqué par M. PLAVIS, d’afficher le tableau de permanence de garde des médecins qui reste encore peu accessible pour les usagers.

Point n°4 : les acteurs de notre projets.

La vision de notre groupe pour la mise en place effective de notre outil est jugée, et nous le concédons, comme « stato-centrée » : elle n’inclut pas la consultation d’autres acteurs que ceux qui peuvent nous fournir tous les éléments d’information et de mise en place (préfectures, ARS, etc..). Nous n’incluons pas, certes, par exemple, l’Agence des Systèmes d’Information Partagées de Santé (ASIP), les Unions Régionales des Professionnels de Santé (URPS), les Conférences Régionales de Santé et de l’Autonomie (CRSA) regroupant l’ensemble de tous les acteurs publics, privés et syndicaux en la matière qui peuvent affiner l’outil dans sa réalisation pratique comme lui apporter une base supplémentaire pour le vecteur de sa communication au grand public. En effet, comment compter sur l’aide de tous ces acteurs également utiles si on ne les inclut pas en amont, au dispositif de mise en œuvre ?

Point n°5: les aspects légaux.

S’agissant d’obstacles juridiques, M. PLAVIS n’en voit aucun s’opposant à la mise en place de notre outil qui doit prendre en compte cette problématique liée à son caractère numérique. En effet, il n’y a pas de problème de concurrence car notre outil est inédit, sans rival, et ne met aucunement en péril la confidentialité car les seules informations livrées sont celles relatives aux médecins (localisation, horaires, tarifications) et données volontairement par eux sans qu’elles ne troublent ce principe car de nature non-confidentielles. De même, l’outil ne recueillant aucune information sur les patients ne peut donc mettre en danger ce principe et les autres défendus par la Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés (CNIL).

Point n°6: un outil destiné à grandir progressivement.

On ne peut pas empêcher un projet numérique d’être mis en place sur le coup de l’argument qu’il lui est difficile de tout couvrir dans le champ du réel. A la mise en place répond aussi un perfectionnement. Nous pouvons en cela lier notre outil au système HADOPI au sens que si ce dernier fut critiqué (qu’importe son bien-fondé) sous prétexte qu’il ne pouvait tout régler à lui seul, on peut dire qu’il fallait néanmoins commencer à le mettre en place en dépit de ses défauts du fait que cette instauration peut être considérée comme une base le temps que ce système se perfectionne et grandisse.

Point n°7: le rôle des financements et de la publicité, clés du succès.

Les inconvénients relevés par M. PLAVIS sont, nous l’avons également déduit, les éléments financiers et de publicité qui conditionnent la réussite de notre projet lors de sa mise en place effective. Cette condition est d’ailleurs valable pour tous les autres groupes mais, il faut garder à l’idée que plus l’engagement financier est important, et plus l’outil finalisé sera esthétique, pratique et pédagogique, ce qui entend son utilisation et sa pérennité. Il ne faut pas donc hésiter à appuyer financièrement le projet ce qui transforme le coût en investissement du fait que l’objectif d’être et de durer seraient remplis par une affectation financière conséquente et mesurée. De même, l’outil devant rester facile d’utilisation induit qu’il doit rester dépouillé, simple : de là, on peut toujours supposer que le coût ne reste pas élevé en s’épargner utilement de fioritures qui coûteraient chers aux finances publiques par leurs accumulations onéreuses.

Point n°8 : Quel cosmonaute pour notre fusée?

La question est de savoir maintenant à qui confie-t-on la gestion de notre outil une fois sa mise en place effectivement réalisée. Tout laisse supposer que la mise en place reviendra à un prestataire privé à l’issue d’une offre publique d’achat mais s’agissant de la détention de l’outil pour son administration et sa maintenance, on peut également songer à le confier à un acteur privé du fait que cela peut revenir moins cher pour les finances publiques car le degré d’investissement et de compétences requis pour cette maîtrise laisse supposer que l’Etat ne peut le prendre en charge du fait qu’il faudrait employer de nouveaux agents dédiés à cette tâche sachant aussi que sans doute, les agents existants sont consacrés à d’autres missions et ne possèdent pas forcément les compétences en informatique pour cette gestion. Il faut souligner que de même, confier cet outil à un prestataire privé peut déplaire aux acteurs médico-sociaux publics de part leur volonté légitime à maintenir le plus d’outils possibles dans le giron direct de la sphère publique, au sein de la « même famille ». Auquel cas, confier cette gestion aux Agences Régionales de Santé (ARS) peut être alors judicieuse en cas d’arbitrage en faveur de ce maintien dans le secteur public sans compter que ceux-ci, n’étant pas soumis à des impératifs de rentabilité, sont garants de la pérennité de l’outil et de garder la source d’autofinancement liée à la publicité dans des cadres prescrits (cf. point n°9).

Point n°9: autres éléments financiers.

(A) = Notre outil propose de rediriger pertinemment les usagers vers les médecins au lieu de converger vers les hôpitaux pour des cas peu graves. L’ennui est pour les plus modestes d’entre eux le coût financier supposé pour voir un médecin généraliste du fait qu’il faille lui faire l’avance des frais. On peut imaginer de soutenir notre initiative en permettant aux patients de bien payer le médecin avec sa carte bleue mais en lui débitant sur son compte bancaire, cette dépense de façon échelonnée ou reculée dans le temps afin de lui permettre d’absorber cette dépense – parfois lourde pour les ménages pauvres – ou en généralisant le tiers payant, en contrepartie de ne pas aller à l’hôpital dont la consultation aurait été gratuite mais plus coûteuse pour la Sécurité Sociale.

(B) = Notre projet peut dégager ensuite un autofinancement. En effet, en mettant en place une publicité sur le volet de la médecine de garde (qui ne freine donc pas les situations d’urgence dans leur résolutions par le temps d’écoulement de la publicité car l’usager ne s’adresserait pas aux médecins) on pourrait dégager des fonds substantiels qui pourraient être alloués à l’acteur chargé de l’entretien numérique de notre outil qui peut être onéreux afin de le maintenir. Il faudrait bien évidemment déterminer quels peuvent être les objets de la publicité et les marques autorisées afin de rester cohérent en terme d’images et d’éthique (éviter les publicités pour les pompes funèbres par exemple). Ceci, si bien sûr on confie la gestion et l’entretien de notre outil à un prestataire privé à l’issue d’une offre publique d’achat (cf. point n°8).

Point n°10: des projets complémentaires pouvant se combiner au sein d’un même programme.

M. PALVIS a terminé cette liste de points en suggérant que les deux projets proposés par les équipes d’E-novation Santé et de Paré à Soigner sont complémentaires et peuvent très bien être combinées l’un et l’autre au sein d’un même programme. Nous acquiesçons à cette perspective qui nous semble judicieuse.

III/ LES APPORTS DE NOTRE PROJET POUR LES PATIENTS SELON LE CISS IDF.

Pour le CISS d’Ile-de-France, M. PLAVIS estime en conclusion que notre projet est utile et judicieux pour les patients qu’il représente. Il le trouve en tous points bénéfique tout en mentionnant la réserve de bien encadrer le rapport avec l’acteur privé en charge de la gestion de l’outil relativement à la question de son administration et de la publicité. De même, M. PLAVIS estime que cet outil « responsabilise » l’usager, ce qui est au cœur des politiques publiques actuelles en mettant à contribution le patient, qui est aussi citoyen, en lui permettant, grâce et par notre outil, de contribuer à l’effort pour nos services de santé en utilisant les acteurs les plus pertinents pour sa situation et les plus adaptés pour que les autres engorgés, puissent au mieux se concentrer sur leur métier de base.

M. PLAVIS termine cet entretien fort instructif et enrichissant en qualifiant notre projet « intéressant tous les acteurs, intéressant pour tous les acteurs et au service de tout le monde ». Ceci, tout en distinguant notre projet par sa focalisation sur le réel qui en fait selon nous aussi, sa valeur et son bien-fondé.


3 comments

  1. Koscinski dit :

    Bonne analyse, et bonne idée de recueillir des opinions de responsables de la société civile!

  2. Paré à soigner dit :

    Nous te remercions cher Koscinski. Notre équipe pense en effet que la consultation des acteurs de terrain ou des professionnels expérimentés est à la base à la fois de toute conception viable comme de toute réalisation effective et durant dans le temps.

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